La Ligne de Fuite
Zhao Duan
06/10/2016 - 17/11 /2016
Zhao Duan, née en 1981 en Chine. Après avoir diplômé en peinture, elle fréquentait multiples Ecoles Supérieures des Beaux-Arts en France et devenue aujourd’hui une artiste émergente de performance et plastique. En 2016, sa première apparition à Art16 London lui attire l’attention internationale. Galerie Liusa Wang a grand plaisir de dévoiler, à l’occasion de sa troisième exposition personnelle à Paris cet automne, tout un univers esthétique de l’artiste dans sa profondeur et dans ses détails palpitants.
L’art de Zhao Duan marche toujours sur une « ligne de fuite » - un concept défini par Deleuze dans son Mille Plateaux comme un acte de déterritorialisation, de franchir les murs, de se fragmenter et de se mettre en danger. On embrasse au sein de l’art de Duan ces « lignes de fuite » dans la mesure où elle met en scène, de manière poétique, un esprit de « fuir », de s’exiler volontiers, de substituer à l’imaginaire fade des expériences authentiques – « expérience poïétique (la performance), expérience de rencontre, expérience de secret : fragile, temporelle et temporaire, chargée d’intensité et de réflexion ».
Chaque œuvre de Duan compose un petit chant de fuir : qu’elle soit une véritable expérience de fuite comme La Fugue de Paris, l’œuvre née d’une longue errance qui retrace une Paris fantomatique, une ville invisible où se croisent l’Histoire et la mémoire, l’effacé et la trace ; qu’elle soit d’autant plus une fuite métaphorique comme De Esquirol à Eisenhower, tous les jours dans le bus qui amène l’artiste au travail, elle laisse courir libre le crayon sur le papier blanc où se dessinera une trajectoire imaginaire – un moment d’échappée à la banalité routinière ou une joie de déraillement délicieux. Chaque fuite tombera sur des rencontres accidentelles, des formes inédites et des lumières inattendues
En tant qu’artiste performance, ZHAO Duan ne cesse de revenir sur une notion centrale : la redécouverte du corps humain - le corps dans son moindre frémissement ; le corps avec sa propre langue chorégraphique ; le corps refaçonnant l’espace qui l’entoure ; le corps en train de s’épuiser jusqu’à son effondrement final (Combien de, 2015) ; le corps qui saurait écrire avec la peau (Zhao Duan, 2016).
C’est autour de tout un geste corporel que se trouve déployer ce qui est inaperçu - le temps, l’énergie, l’envie, la vitalité ou la fatigue. C’est dans tous les hasards que se traduit silencieusement la spontanéité créative du corps. Ce qui explore devient ce qu’est exploré. On retrouve dans ses œuvres une circularité admirable où s’entrecroisent l’absence et le présent, la matière et la forme, l’actif et le passif.
Enfin, la fuite de Zhao Duan revêt un sens centripète, se dirigeant vers un horizon de soi où elle s’éloigne des bruits du monde pour que la mélodie émerge. L’art de Duan exige toujours une endurance incroyable et une intimité solennelle. Le processus de création restant masqué, le spectateur se trouve confronter dans son œuvre - qu’elle soit finalement une vidéo, une installation, une photo, un tableau ou un hybride fascinant - à quelque chose d’insaisissable et de flottant. Fabriquer de belles énigmes sans nous inviter à deviner le mot, faire entrer le train sans nous confier son trajet alors que tout le paysage rencontré est déjà là. L’art de Duan nous fuit pour nous séduire.
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Zhao Duan’s art marches slowly on a “line of flight” – a concept Deleuze defined in “A Thousand Plateaus” like a movement of deterritorialisation, of breaking the walls, of fragment and of adventure. We encounter the “Line of flight” in Duan’s art, in a poetic way; a spirit of “flight” in exile; and substitute fade imagination with her vivid experience – “experience poetic (the performance), experience of encounter, experience of secret: fragile, temporary and temporal, filled with intensity and with reflection.
Every work of Duan composes a small song of flight: it can be a real experience of flight like “La Fugue de Paris”, a work made from a long vagrancy that retraces a ghostly Paris, an invisible city with history and memory, fading and trace; it can also be a metaphorical flight like “De Esquirol à Eisenhower” in which, on a bus to work every day, the artist let her pencil run freely on the white paper where it drew an imaginative path – a moment escaping from daily routine or joy of derailment. Every flight falls onto accidental encounters, new forms, and unexpected enlightenment.
As a performance artist, Zhao Duan keeps going back to a key point: rediscovering the human body. The body in its tiniest shiver; the body and its choreographic language; the body redoing the space which surrounds us; the body being depleted to its final collapse (“Combien de”, 2015); the body drew with its skin (“Zhao Duan”, 2016).
In this bodily gesture, one can find those unnoticeable things: time, energy, desire, vibrancy, or fatigue. Those coincidences silently expose the creative spontaneity of the body. The one who explored became the one who was explored. In her works, we can find an admirable circularity where absence and presence, material and form, active and past interlace.
At last, Duan’s flight took a centripetal direction, going towards a horizon of oneself where one can stay far from the noise of the world and only concentrate on the melody appearing. Duan’s art always requires incredible endurance and sacred intimacy. The process of creation remaining hidden, the audience finds themselves confronted in her work – whether it’s a video, an installation, a photo, a painting, or a fascinating hybrid – something untouchable and floating. Creating the beautiful riddles without inviting us to guess the word, making a train came without telling us the route however all the views are already there. The art of Duan flees for attracting us.