Irrégularité
Jan Vormann

26/02/2016 - 12/04 /2016

Jan Vormann, né en 1983 à Bamberg, ville ancienne historique à la Bavière. A l’issue des études en histoire de l’art et conservation du patrimoine, Vormann s’est converti aux études de l’art visuel et diplômé en sculpture. Il s’installe aujourd’hui à la capitale allemande pour élaborer des installations cinétiques d’une grande ingéniosité et malice : machine à bulle qui peint ; dé en rotation perpétuelle ; roue dentée qui s’effondra en roulant… il s’adonne à concevoir des objets d’allure industrielle dont les mouvements mécaniques et déconstructivistes composeront des pièces satiriques.

Ayant été l'initiateur du Dispatchwork, Vormann a été connu pour des bricks Lego multicolores apparus dans les coins abimés des métropolitains. Epousant parfaitement les cassures murales quelconques à travers des combinaisons et agencements, ces bricks Lego laissent aux murs de belles images. « J’ai séjourné aux plusieurs villes et cherché à améliorer l’espace publique de manière variée pour qu’il soit meilleur et qu’on s’y amuse ». A la recherche des souvenirs enfantins au sein des vieux murs dotés des mémoires historiques, d’où une atmosphère fantastique et nostalgique légèrement écartée de la réalité. Aujourd’hui, le projet Dispatchwork se poursuit par de plus en plus de gens aux quatre coins du monde, devenant un festival sans frontière. 

Les œuvres de Vormann s’ancrent dans l’élaboration et l’exploration du « temps » dont l’intensité se révèle à travers les moindres frémissements matériels. Son œuvre exige ainsi des regards patients qui savent se mettre à l’horizon de ces minuscules quasiment invisibles. « Cela serait faux de revendiquer l’intemporalité dans l’art de Vormann » tandis que cette reconnaissance de la non linéarité du temps, de l’instantanéité et de la disparition perpétuelle constitue un chemin vers l’éternité. La persistance du temps se contraste avec la fragilité de l’objet : éphémère, destruction et mort se trouvent ainsi au cœur de sa création. 

La mise en lumière des aliénation et mécanisation du temps contemporain devient ainsi le moyen d’y résister. Evoquer « la voix interne » des matières et « la valeur sentimentale » des objets pour que les quotidiens franchissent le flux temporel et matériel et qu’ils deviennent le sujet de la mémoire, de l’art, et de la poétique. 

Né d’une mère juive et de double nationalité, Vormann a grandi dans une Allemagne post-Nazi. Inévitablement que ses œuvres introduisent-elles une confrontation identitaire, un rejet de nationalisme radical ainsi qu’une méfiance envers la simple définition d’identité. Il s’amuse en naviguant à contre-courant dans un monde qui prône l’uniformité d’esprit. Dans Demakeup (2008), les drapeaux nationaux dépourvus de motifs colorés mettent en lumière l’hypocrisie et l’illusion de la soi-disant « nationalité » tandis que les monnaies métalliques dans I’m the captain now, réécrivant la méthodologie grecque « le Bateau de Charon », constitue une réflexion allégorique sur le destin du capitalisme. L’art de Vormann ne s’attache à aucune terre mais se nourrit d’un périple global : Tel Aviv, Téhéran, St. Petersberg…

Irrégularité, c’est ce que l’artiste se donne comme noyau de ses œuvres : sans définition, sans règle, sans soumission. Irrégularité, c’est la silhouette projetée de ce monde fragmentaire et flottant, c’est à la découverte des frontières précaires entre mort et vie au sein des expériences quotidiennes. Avec les grands thèmes de l’humanité traduits par un air de jeux, Vormann reste toujours fidèle à sa propre philosophie : 

« Nothing is too serious to poke fun about it, yet nothing is to be taken too lightly. »
(Rien n’est trop sérieux pour qu’on s’en moque, rien n’est destiné au mépris.)   

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Jan Vormann, born in 1983 in Bamberg – the ancient historical city in Bavaria, studied in Berlin and Saint Petersburg. After acquiring a solid foundation in art history and restoration, he began to learn visual arts and received a diploma in sculpture. Currently, Jan is in the capital of Germany, concentrating on his creative and fascinating installations: a bubble machine that can paint; a permanently swirling dice; a self-dissolving gear wheel… He devotes himself to designing and producing various objects or installations, poetizes satires with industrial mechanisms and deconstructive behaviors. 

As the initiator of Dispatchwork, Vormann was gradually known by the public by colorful Lego bricks appearing in broken city walls. Lego bricks can perfectly fix up any cracks or holes on the wall and leave beautiful map-shaped images through elaborated arrangements. “I traveled to quite a few cities, and tried all kinds of ways to reconstruct public spaces, in order to make them look better.” He searches for broken buildings, creating a quirky magical feeling by mixing heavily historical bricks and nostalgic Lego blocks. Today, more and more people are participating in this Dispatchwork project, which has evolved into a grand festival without borders. 

Vormann’s artwork is anchored on elaboration and exploration of “time”. The intensity of time is exposed through the slight movement of daily chores: a slowly swinging frame (Pirateship, 2009); an installation composed of sixteen gears marching in turn, the last one needs to wait for a year before it fully marches on (Slow revolution, 2008). For appreciating his artwork, the audience should be qualified with great patience, stare still at the horizon of those tiny materials. “It would be dishonest to claim timelessness in Jan Vormanns’ projects”, while acknowledging the nonlinearity of time, the value of instant, the beauty of vanishment is another way that Vormann “grasps” eternity into his works. Under the persistence of time is the fragility of objects: transience, destruction, and death are all existing in his works. 

Exaggerating the mechanism of ignored objects becomes a way to resist and dissolve. Digging out the inner voice of the materials and sentimental values; the combination surpasses the time flux and material and thus becomes the subject of memory, of art, and of poetry. 

Born with a Jewish mother, and with double nationalities as German and French, it is inevitable that Vormann talks a lot about the confrontation of nations and history in his works. He repels nationalism and simple identity definition; he makes fun of social mainstream sense and causes temporary countercurrents. This is where the initiation of artwork like “Demake-up” (2008) fading color of national flags – the so-called nationalism is actually a white cloth in essence. “I’m the captain now” was inspired by the ancient myth “The Ferry of Charon” reflecting on the contemporary profit chain of capitalism. Vormanns’ works do not belong to any territory, just like his travel, tracing through every part of the world.

Irregularity, which is a sum up by the artist himself: no definitions, no rules, no common senses. Irregularity is the reflection of this fragmented world, is a subtle boundary between life and death in daily experience. With those grand subjects expressing in humor, Vormann consists in presenting his philosophy: 

“Nothing is too serious to poke fun about it, yet nothing is to be taken too lightly.”